Strange Things Riddim
Irie Ites Production

 

A l'occasion de la sortie de leur nouveau riddim, un recut du magnifique Strange Things de John Holt (produit en 1971 par Phill Pratt), rencontre avec un des sounds les plus complets qu'il nous ai été permis de rencontrer. Derrière ce sound system, qui est aussi un label, se cache une bande de passionés prêts à tout pour continuer à faire ce qu'ils aiment faire, produire et promouvoir. Et ils le font bien. Alternant tantôt recut d'anciens riddims, et productions originales, Irie Ites, promotionne ces artistes, dénichent des nouveaux talents, font tourner leur sound system, produisent, voyagent. Rencontre avec Jericho, pour nous parler de la philosophie de ce sound très dynamique.

Leggo di Riddim !

 

 


 

YL : Irie Ites s’est crée en 1999, comment s’est-il crée, comment a commencé l’aventure ?

II : On a commencé d’abord avec le sound  le 8 décembre 1999 exactement ! On va d’ailleurs fêter les 10 ans cette année (Samedi 05 décembre 2009). On a  commencé à Angers, avec pas mal de soirées, puis avec une résidence tous les mercredis soirs. On est parti 1 an et demi ou 2 ans après sur Le Mans, d’où je suis originaire. On a  continué à jouer à droite à gauche un peu partout en France puis en Europe. Pour le label on a commencé à avoir l’idée de produire en 2001-2002, après avoir enregistré pas mal de dubs, on voulait passer à autre chose. On a commencé avec l’album Link Up, l’album de Ras Mac Bean et puis les séries de 7’’ ou maxis 10’’ ont suivi.


YL : Est-ce que pour vous, la production c’est la suite logique d’un sound system ?

II : Ca dépend de chacun. Je ne pense pas que l’on puisse devenir producteur s’il n’y a pas une certaine vision, une certaine passion. Pour nous, ça été une suite logique, mais après ce n’est pas obligatoire et le cas pour tout le monde. Une fois qu’on avait enregistré pas mal de dub, on s’est dit que quitte à faire de l’investissement autant que ce soit dans la production. Et puis on a eu la chance de rencontrer Mafia & Fluxy, c’est aussi ce qui nous a fait office de déclic.

YL : Pourquoi avoir décidé de travailler avec Mafia & Fluxy et comment s’est faite la rencontre ?


II : La rencontre s’est faite en 2002-2003 par l’intermédiaire de Buttons des Matic Horns, qui travaille beaucoup  avec Mafia & Fluxy et Gussie P. On l’a rencontré par hasard lors d’une session dub avec Mikey Dread ; puis sachant qu’on devait aller à Londres on s’est dit « tiens on passerait bien vous voir sur Londres »…Quelques mois après, on y est allé, mais pas du tout dans l’optique d’enregistrer un riddim. Pourtant on est ressortis de cette session avec le riddim Zion.
On part du principe que la base de toute production, c’est la qualité du riddim avant la qualité du voicing, plus le riddim aura de vibes, plus il sera dense, plus les artistes pourront voicer des tunes intéressantes dessus. Et pourquoi Mafia and Fluxy, parce que ce sont des grands noms de la musique jamaïcaine, ce sont les Sly and Robbie européens !


YL : Au niveau du choix des riddims, c’est tantôt des recuts d’anciens riddims (Strange Things) , tantôt des productions originales : le Borderline, le Zion. Comment se fait le choix d’un recut ou d’une création ?

II : Au départ, on a fait pas mal de riddims originaux avant de faire des recuts. C’était voulu.
Ensuite notre premier recut a été le « Rocking Time » de Burning Spear sorti en 2006. Les recuts, ça part d’une idée bien précise à la base. Pour le Strange Things, Phill Prat fait parti de la même famille que Mafia and Fluxy (c’est leur oncle), on l’a rencontré à Londres, pour nous c’est l’un des meilleurs producteurs jamaïcains, dégoûté par le bizness et qui a vite arrêté. Il a pourtant sorti 200 ou 300 tunes sur le catalogue Sunshot, et a également monté 2/3 autres labels dans les années 70 (Terminal Label, Faith…etc…).
Le Strange Things par exemple est une de nos tunes préférées…On kiffe le catalogue Sunshot. Pour le Down in Jamaïca, on était en 2005, dans une session avec Lorenzo et à la fin de la session, Mafia & Fluxy nous ont fait écouter le Glen Washington sur le Down In Jamaica, qu’on a kiffé. Un an après, Joseph Hill nous quittait, on les a alors contactés pour faire un projet commun ceci dans le but de réaliser un Tribute To Joseph Hill. Notre objectif est de faire découvrir des riddims qui n’ont pas été beaucoup refaits mais que les gens connaissent.
Pour ce qui est de la création des riddims originaux, la majorité du temps on arrive avec un artiste et un ou plusieurs lyrics bien précis, à partir de là, Mafia & Fluxy composent le riddim live pendant que l’artiste chante le tune.



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YL : Pour les recuts pourquoi ne pas amener une touche supplémentaire ? Par exemple, un Strange Things digital ou en gardant l’esprit du riddim mais en amenant une vibe qui vous est propre ?


II : Le Strange Things version digitale a déjà été refait, donc on n’en voyait pas l’intérêt! Quand on produit on essaie de penser au-delà des 6 prochains mois. Pouvoir se dire que dans 5 ou  10 ans, ca sonnera encore…que c’est encore écoutable !!! On voyait ce riddim en version instrumental et non digital…c’est juste une approche différente…question de choix effectivement.


YL : Est-ce que vous allez proposer à la fois une sortie vinyle et en plus, une sortie sur les plateformes de téléchargement légales ? Est-ce que c’est une optique qui vous parle et vers laquelle vous voulez vous tourner ?


II : De nos jours ce n’est pas possible de sortir les projets uniquement en vinyle. Même si le download ne rapporte pas beaucoup, il ne faut pas se fermer à ce nouveau marché. Tout notre catalogue est disponible sur Itunes, Virgin, Fnac, sur environ 350 plateformes dans le monde. Sauf pour les nouveautés, on attend généralement un ou deux mois avant de les sortir en téléchargement légal. La sortie CD est toujours 3 à 6 mois voir un an après la sortie 7’’. Si on attend autant de temps, c’est avant tout pour éviter de se faire pirater. C’est aussi pour contenter les addicts du support vinyle, parce que c’est la base, c’est avec cela qu’on a commencé. Ensuite, pour tout vous dire, il faut savoir évoluer avec son temps et le format digital fait parti des évolutions de la musique...tout dépends juste de la manière dont s’est utilisé. Ca c’est une autre histoire.

YL : On revient un peu sur le côté production, au niveau du choix des artistes comment s’est faite la sélection ?

II : Au gré des rencontres dans un premier temps, c’est ce qui a constitué une sorte d’ossature, avec certains noms que l’on revoit souvent sur nos sorties, et à coté de ça on agrémente deux ou trois artistes qui ont un plus gros nom comme Sizzla, Capleton, Junior Kelly ou bien Jah Mason. Il y a toujours une base d’artistes tels que Lorenzo, ou Sena avec qui on commence à bosser et qui a un gros gros potentiel, et qui va vraiment faire parler d’elle dans les prochains mois. Ou bien alors Chezidek ou Lutan Fyah avec qui on enregistre depuis 2001 - 2002.


YL : Est-ce que vous avez peur de ne plus surprendre les gens en proposant toujours le même line up ?


II : Oui et non. Dans un premier temps, ce qui nous intéresse, même si on enregistre Sizzla ou des gros artistes, c’est de faire du développement d’artiste. Avec à la base des artistes que peu de gens connaissent, pour ensuite les amener à se faire un nom. Cela demande de faire un travail de fonds et sur du long terme. Cela a été une réelle volonté et ca le restera (développement d’artistes). On préfère de manière générale (même si c’est très difficile dans ce milieu Reggae) travailler sur le long terme et non faire que du one shot à droite à gauche. On a plus ou moins essayé de faire comme faisait certains sounds dans les années 80 et qui sont devenus des labels. Après sur le long terme, ce n’est pas facile, tu es obligé à un moment donné de laisser les artistes voler de leurs propres ailes une fois que le travail est fait. Je pense qu’il faut qu’il y ait 5 ans de plus dans ce qu’on fait pour s’apercevoir que notre line up aura évolué avec le temps, même si c’est vrai que sur les 6/7 premières séries on a retrouvés bien souvent les mêmes artistes. Après on ne te cache pas qu’on nous l’a déjà reproché mais la démarche de travailler avec une ossature d’artistes proches nous semblent plus que légitime.
Dans un second temps, on peut vous répondre par l’affirmative : on est d’ailleurs en train de pas mal évoluer et remédier à cela, dans les 2 prochaines années on va avoir de nouveaux noms qui vont apparaitre sur le label. Maintenant il va y avoir aussi deux artistes qu’on va continuer à pousser : Lorenzo et Sena, il faut donc s’attendre à les voir sur les prochaines séries. Par exemple sur le Strange Things, si on retrouve Lorenzo en face B du Chezidek et du Sizzla ce n’est pas anodin, c’est parce qu’on sait que ce sera les meilleures ventes et que les gens auront plus de chance de découvrir le nom Lorenzo.


YL : Pour en revenir au piratage, qu’est ce que vous en pensez ? Vous parliez justement sur internet de Bobby Digital qui refuse, par exemple, de sortir des nouveautés quand il voit à quelle rapidité ces morceaux sont piratés.


II : Il a tellement de morceaux qui ne sont jamais sortis, mais en même temps tellement de morceaux déjà sortis qui lui ramène des royautés…ce qui fait qu’il est loin d’être pressé. Plutôt que de filer des morceaux à des distributeurs qui vont mal faire le travail, ou bien prendre le risque de voir ses news se faire pirater, il préfère carrément ne pas les sortir. Par rapport à la piraterie, pour être honnête nous on est un peu blasés. Et puis en parallèle de cela, si tu regarde depuis 2005, les ventes de vinyles ont chutées de 3 à 5 fois en terme de quantité. En 2005, ce n’était déjà pas facile de rentabiliser une série, alors du coup tu peux imaginer qu’aujourd’hui c’est encore pire.

 

YL : Mais alors qu’est ce qui vous pousse à continuer, et est ce que vous voyez une alternative a ce problème ?

 

II : Avant tout c’est la passion, après notre label nous sert aussi de vitrine, on le considère comme ça et on le voit surtout sur le long terme. On ne te cache pas qu’on a développé aussi d’autres pôles à côté liés à la communication qui font que même si le label est difficilement rentable sur le court-moyen terme on arrive à le financer d’une manière quand même. On pense que les alternatives sont le download mais également le cd…sortir des compilations, des one riddims albums…différents supports qui peuvent ramener d’autres royautés, d’autres fonds mais également viser un autre public et toucher ainsi un autre réseau.

 

YL : Mais suite à cela : est ce que vous réfléchissez à d’autres moyens de trouver des financements, je pense par exemple à faire tourner des artistes ?

 

II : Pas vraiment : faire tourner un artiste profite bien plus à l’artiste qu’à son tourneur ou à son selecta !!!…Quand on voit par-dessus cela leurs attitudes en général et le manque de professionnalisme ca donne peu envie de s’occuper de cette partie du business…on verra avec le temps….on book déjà pour Lorenzo, Sena et quelques artistes autour mais sans en faire une activité journalière……..On a pas mal bossé sur des dates exclusives avec des promoteurs qui sont prêts à mettre le budget et non pas voir toujours à la baisse !! On a ainsi pu aller jouer avec Natty King, Lutan Fyah & Chezidek au Surinam fin décembre….ou bien encore en Roumanie avec Chezidek & Spectacular en septembre 2008…etc…
Pour exemple toutes les tournées qu’on a réalisé ont été déficitaires : Lutan Fyah & Spectacular, Suga Roy & Conrad Crystal…….etc……par contre pour les artistes elles ont été loin d’être déficitaires !!
On préfère avant tout penser à d’autres sources de financement qui n’ont plutôt rien à voir avec le reggae pour être honnête. C’est dans ce sens qu’on a développé nos activités de promotion ; ce qui nous a permis de financer des projets du label Irie Ites.

 

YL : Quels sont les projets de développement du label ?

 

II : Les prochains projets c’est donc la sortie du Down In Jamaica One Riddim Album (Mai 2009) puis l’album de Lorenzo qui va sortir à la rentrée 2009, puis dans la foulée un One riddim album du Strange Things et puis une nouvelle série à venir pour octobre ou novembre…Sinon d’ici un mois on sort un nouveau maxi 10’’ en hommage à un artiste disparu en mars 2008.

 

YL : Par ailleurs, est ce que vous avez projet de relancer les soirées Jamaican Bashment, Soirée suivie d’un clash ?

 

II : C’est quelque chose qu’on au aurait aimé continuer, mais on a perdu pas mal d’argent sur la seconde édition et pourtant il y avait entre 800 et 900 personnes ! Mais oui sinon le concept c’est sûr qu’on aimerait bien le remonter, mais à un moment donné il faut savoir analyser ce qui est rentable et ce qui ne l’est pas, ce qui prend et ce qui ne prend pas. Par ailleurs l’orga de ce show demande énormément de temps. Déjà pour le faire il faudrait qu’on soit associé avec quelqu’un de vraiment sérieux. On a beaucoup apprécié le travail avec Fred Dub Fi Dub même si on n’a pas continué la collaboration sur la 2de édition. 

 

YL : Il n’y a pas longtemps je ré-écoutais un clash avec Blues Party, ou Nono disait que Irie Ites restait pour lui un de ses meilleurs adversaires, donc est ce que vous avez idée ou envie de participer à nouveaux à des clashs ?

 

On en refera c’est clair, mais maintenant à un moment donné tu ne peux pas être au four et au moulin, tu ne peux pas financer à la fois ton label et en même temps financer une box de dubplates…L’exemple de Blues Party : à cette époque on investissait dans l’album de Mc Bean et on n’avait cutté quasiment aucun nouveau dub depuis notre clash contre Soul Stereo & New Generation….On en a tiré une leçon de ce clash d’autant plus que Nono est un putain d’adversaire…qui ne lâche rien même à demi enterré…"Hey ouaih Papa!!!"...Ce clash nous a pas mal marqué…On l’aura toujours en tête !!...Alors ouai effectivement ca prendra plus temps pour nous revoir en clash mais on n’est pas pressés. On travaille depuis 2 ans avec Jahmaro (notre mc jamaiquain)…au fur & à mesure on collabore et échangeons avec lui pour monter un set intéressant…Notre but est de proposer un show tel qu’on se l’imaginait au début de notre sound : animation en anglais avec un set de specials & dubplates (notamment des morceaux du label qui ne sont pas encore sortis) ; ceci pour pouvoir jouer notamment en dehors de frontières...etc...

 

YL : Pour finir un petit mot et des remerciements…


II : Big up Zapo et Eklipse, Big up Youth Lion et big up a tous les reggae addicts en France et au-delà !

 


Mars 2009

 

Petit Questionnaire Rapide :

1er 45trs acheté :

- Je crois me souvenir d’un Junior Byles chez Upsetter.

Par quel artiste as-tu découvert le reggae :

- Par Marley, puis par beaucoup d’artistes foundation, on a personnellement beaucoup écouté le reggae des années 70/80 avant de se mettre au dancehall.

Quels sont vos influences niveau sound system ?

- Il y a du bon à prendre chez tout le monde, il n’y a pas un sound qui a la meilleur logique ou la meilleure démarche, après il y a des sounds qui nous ont beaucoup plus parlé comme Mighty Crown…ça reste pour nous un des sounds non jamaïcains à avoir réussi à arriver à un niveau d’originalité et de reconnaissance assez énorme quand même……mais encore Bass OdysseyStone Love….Supersonic est un putain de sound aussi…..Civilizee au Riddim Clash : ils ont joué de la putain de musique…..la liste est longue !!

 

Votre philosophie du sound system ?
- Pour nous le développement d’un sound on le différencie complètement du label. A l’heure d’aujourd’hui on touche du doigt ce que l’on espérait quand on a commencé, rencontré un Mc jamaïcain, avec qui on veut faire du boulot sur le long terme, etc…

 

Un artiste majeur :

En roots :
- Il y en a trop qui sont différents, par exemple Yabby You pour nous c’est un son unique des années 70 qui va être complètement différent d’un autre artiste unique des années 70/80 comme John Holt ou Barrington Levy ou Marley….etc….c’est difficile de donner un nom….il y en a trop…c’était tellement créatif à cette époque !!
New Roots :
- Sizzla. Pour nous c’est le top de la musique jamaïcaine, c’est indéniablement l’artiste le plus créatif de sa génération. 
Dancehall :
- Bounty Killer

Le premier dub enregistré ?

- Willie Williams.

Meilleur ou pire souvenir de session ?

- Un des pires souvenirs, Buju Banton, question d’attitude.

Un avis global sur la scène sound system en France ?

- Elle est quand même active, mais elle n’a pas la chance d’avoir les grandes portes ouvertes quand il s’agit d’organiser des événements. En même temps on récolte ce que l’on sème : les mairies, programmateurs & sonorisateurs de salle de spectacle ne prennent pas au sérieux notre milieu et leurs acteurs en général mais il y a de quoi… on les comprend mieux maintenant…avec le temps. Ces structures veulent s’appuyer sur des gens sérieux.
Par ailleurs, comme on l’expliquait dernièrement sur Reggaefrance, pour nous la nouvelle génération d’artistes est en train de casser le travail que les vétérans ont mis en place il y a longtemps…Question d’attitude et de rapports avec les gens qui les font jouer !!
C’est certainement moins facile que dans d’autres pays européens aussi parce qu’on est moins carré pour organiser et recevoir….que le public est moins éduqué…etc…
Sinon pour finir on a l’impression que le développement s’est pas mal ralenti et qu’il y a un peu moins d’engouement que début 2000.  Mais cela n’empêche pas que la scène française est en plein développement, en pleine progression et elle est loin d’être mauvaise…au contraire…Regardez le nombre de sounds (qui clashent) qui proposent de plus en plus de set de qualité….Cette scène progresse…étape par étape.


Time Will Tell If We Have The Level!!


 

 

Strange Things Riddim
Irie Ites Productions (2009)


A écouter dans l'ordre :
- John Holt - Strange Things
- Junior Kelly - Shake It Woman
- Chezidek - Bun' Di Ganja
- Sizzla - Revolution
- Lutan Fyah - Work It Out
- Lorenzo - A So Dem Stay
- Ras McBean & Sena - Travelling All Over The World
- Trinity - Strange All Over The World


source :

http://www.myspace.com/irieitesrecords