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Don Drummond - Memorial Album
Trojan (1969) - Matrix : FCD 7913-A / FCD 7913-B - Catalogue Number : TTL-23)
Produced by Duke "The Trojan" Reid
Side A : 1 - Garden Of Love 2 - Feeling Fine 3 - Dearest 4 - Street Corner 5 - Latin Goes Ska 6 - Green Island |
Side B : 1 - Silver Dollar 2 - Let George Do It 3 - Woman A Come (featuring. Margharita "Rumba" Mahfood) 4 - Knock Out Punch 5 - Dr. Decker 6 - Occupation |
A écouter dans l'ordre :
- Don Drummond - Latin Goes Ska
- Don Drummond feat. Marguerita "Rumba Queen" Mahfood - Woman A Come
- Don Drummond - Dr. Decker
On le sait depuis le début Don Drummond naviguait entre un enthousiasme musical et ses démons personnels. Tous les musiciens l’ayant côtoyé, tous sont d’accord pour dire que c’était un artiste à l’appétit musical insatiable, tant au point de vue de la composition que celui de la performance.
Comme dit dans la première partie de cette « saga », la carrière de Don Drummond est créditée d’environ 300 morceaux, et considérant sa courte carrière -environ 5 ans- interrompus par de fréquents passages de folie mentale, c’est un fait remarquable qui montre bien le talent de cet homme hors du commun.
Don Drummond, comme beaucoup d’autres artistes jamaïcains, cherchait ses racines vers l’Afrique, et l’on sait qu’il se fortifia et trouva un idéal dans les écrits et dans la philosophie de Marcus Garvey et de la communauté Rastafari. L’idéologie noire était pour lui aussi importante que l’était sa musique. Cedric « Im » Brooks, grand ténor saxophoniste, décrivait Don Drummond comme « intensément noir ».
A ce propos le guitariste Janet Enright, membre du Drummond’s Jazz Quintet durant les années 50, se souvient que Don Drummond n’hésitait pas à vouloir arrêter ses représentations lorsqu’il apercevait une femme blanche dansant sur sa musique. Tout comme d’autres figures charismatiques du mouvement noir jamaïquain, tel que Marcus Garvey, Paul Bogle, ou Leonard « Percivall » Howell, Drummond se caractérisait comme étant un leader du public, voyant sa musique comme un message de libération, montrant la fin de l’esclavage mental et du colonialisme.
Et tout ces leaders, évoqués plus haut, ont en commun d’avoir fait quelques séjours en prison et/ou en hôpital psychiatrique, tout comme Leonard Howell (Considéré comme instigateur de la philosophie rasta - cf. : Le Premier Rasta d’Helene Lee) qui y finit sa vie.
Don Drummond souffrait en fait de désordre psychiatrique, diagnostiqué plus tard comme de la schizophrénie, ce qui l’amenait à de fréquents passages au "Bellevue Mental Hospital".
Donald Drummond, était donc excentrique, et comme le veut le cliché, cependant vrai, beaucoup de génies (et pas seulement dans la musique !) naviguaient à la limite de la folie. Lester Young, Thelonious Monk, Miles Davis, et beaucoup d’autres innovateurs du Jazz, étaient étiquetés excentriques, étranges ou bizarres, et Don Drummond était de ceux là.
Le moment critique de la vie de Don Drummond arriva dans la nuit du 31 décembre 1964, après que sa compagne Marguerita Mahfood, danseuse professionnelle de son état, plus connue sous le nom de « Rumba Queen » retourna à l’appartement qu’ils partageaient à Rushden Road à l’est de Kingston. Concernant le déroulement exact des événements, les sources et par conséquent les éléments divergent. Par souci d’équité nous allons vous livrer les deux versions principales :
Version de Tommy Mc Cook :
Lors d’une interview accordée à David Rodigan, en 1984, Tommy Mc Cook raconte :
« Marguerita et lui, était comme inséparables…et quelque chose est arrivé… Il devait jouer avec les Skatalites au nouvel an au club « La Parisienne », et devait avoir pris ses médicaments en début d’après midi pour qu’il puisse sortir vers 08h du soir. Elle était danseuse, elle voulait aller danser même si il n’aimait pas qu’elle aille danser quand il était ailleurs.
Elle lui a donné ses médicaments tard afin qu’il ne soit pas à l’heure pour son concert. Elle est donc sortie pour aller danser. Lloyd alla chercher Don pour l’emmener au travail, mais il dormait. Nous avons joué le premier set et avons fait une pause, je suis retourné chez lui car il habitait à côté de la où nous jouions…environ 3 miles (un peu mois de 5km). Le club La Parisienne, était à Harbour View et lui était à Rockfort. Lloyd y est donc retourné pendant cet entracte d’une heure et demie, mais il dormait toujours, tandis que Margarita était dehors à faire sa représentation. Elle avait deux représentations de ce que je me souviens. Elle avait une représentation, une au (…)*et une autre au Club Havanna qui était à Rockfort, donc après qu’elle ai dansé au (…), elle devait se rendre au Club Havanna, mais le public du (…) n’arrêtait pas de la rappeler sur scène, elle est donc restée au (…) pour continuer à danser. Don s’est réveillé, et Margarita lui manquait, elle n’était pas là et, quand elle est revenue, vous savez, Don était fou de savoir qu’il avait loupé de jouer avec le band et qu’elle était partie faire son business, est donc arrivé ce qui arriva. Ils ont eu une dispute et il l’a poignardée, et c’est arrivé (…) »
* Il semble que dans la source que nous utilisons le premier club n’ai jamais été cité et toujours remplacé par (…)
Version officielle :
Le Jamaica Gleaner du 2 Janvier 1965, écrit en première page :
« Anita Mahfood (connu comme sous le nom de Margarita), leader jamaïquaine de danse exotique, retourna à son domicile à 3h30 du matin après une représentation au « Baby Grand Club » à Cross Roads. Au environ de 4h30, Drummond se rendit au poste de police de Rockfort et dit ceci à l’agent de police Aston Pennycooke :
- Une femme dans un yard s’est poignardée elle-même avec un couteau et j’aimerais que la police vienne la voir.
Ce que les deux officiers de police accompagnant Drummond trouvèrent à son domicile, dans la pièce principale, couché sur un des deux lits, fût le corps d’Anita Mahfood. Elle avait était poignardée plusieurs fois, et le couteau était encore planté dans sa poitrine, dans un morceau de peau de chamois posée sur sa poitrine. Drummond dit à propos de ça :
- C’est le vêtement qu’elle a utilisé pour prendre le couteau et se poignarder.
Dans sa mort, Mahfood à scellé le sort et la culpabilité de Don Drummond. Sur le sol, se trouve se trouve son trombone, et les mains d’Anita Mahfood sont posées dessus. Don Drummond fût donc accusé de meurtre.
Durant le procès qui eu lieu bien plus tard, le 9 février 1965 à la cours de Kingston’s Sutton Street, beaucoup de voisins du couple affirmèrent avoir entendu aux alentours de 3h30, une porte de voiture claquant deux fois, suivit de bruits de pas montant les escaliers montant à l’appartement de Drummond. Ils entendirent la voix de Mahfood dire ceci :
- Junie*, s’il te plait ouvre moi la porte
Ce à quoi Drummond répondit :
- Non, elle n’est pas verrouillée
Mahfood frappa encore deux fois jusqu’à ce que Drummond lui ouvrit.
Le témoin Enid Hibbert raconta le sulfureux échange qui suivit, ou il entendit Mahfood dire ceci :
- Imagine, je fais une sieste de 5 minutes, et quand je me réveille, je te vois assis, à côté de moi avec un air très sérieux. Qu’est ce qu’il se passera ?
A Don Drummond de lui répondre : « Tu ne veux pas dormir. (…)Et viens-tu d’arriver ?
Mahfood : « Je ne peut pas dormir dans ces conditions avec toi ayant un couteau dans une peau de chamois entre tes pieds ! »
D’après le même témoin, Drummond lui répondit que le couteau était dans son pantalon derrière la porte.
Mahfood : « Non, le couteau n’est pas dans la poche de ton pantalon, il est enroulé dans une peau de chamois entre tes pieds »
Drummond : « Non ! »
Mahfood : « Non, Junie, non, Junie, non, Junie – Au Secours, au meurtre ! »
Le Coroner (équivalent d’un juge d’instruction) déclare la chose suivante : « Les quatre blessures ont pénétré sa poitrine.» et « les blessures ont été infligées par quatre coups séparés et les quatre ont été infligées avec une force considérable ».
A la question posée par la cour « Docteur, pensez vous que ces quatre blessures ont pu s’être infligées par Mahfood ? »
La réponse du coroner conclus en répondant : « Non, elles n’ont pu l’être ».
*Junie étant surement un surnom affectueux de Don Drummond, donné par Anita « Margarita » Mahfood
On peut noter pour l’anecdote que c’est l’ancien premier ministre PJ Patterson qui défendit Don Drummond lors de son procès.
Don Drummond fût donc condamné et mis en détention provisoire à l’asile de Belle Vue, où il mourut en 1969, mais l’histoire ne s’arrête pas là. Jusqu’à sa mort, Don Drummond se tortura l’âme et l’esprit sans jamais s’arrêté, et cela juste après que la théorie de conspiration fût mise à mal.
Le batteur Hugh Malcom, déchira le certificat de décès de Don Drummond à la cérémonie du souvenir, refusant de croire à la thèse officielle.
Comme beaucoup de gens en Jamaïque, Malcom pense que la mort de Drummond n’est pas aussi sinistre que l’on pense, et n’est définitivement pas un suicide. La théorie la plus courante est que Drummond a été battu à mort par les gardes, le tout avec la bénédiction du gouvernement, la jeune démocratie (n’oublions pas que l’indépendance date en effet de 1962, soit seulement 6 ans auparavant) réprimait en effet la scène musicale de West Kingston pendant des années, n’en appréciant que peu la communauté rasta qui l’habitait.
Une autre théorie consiste à dire qu’il a tué par un complot de gangsters qui trafiquaient avec le père de Margarita Mahfood. Le père scellant ainsi la vengeance de la mort de sa fille.
La vérité est sans doute plus simple et probablement, un mélange de toutes ces théories. Drummond était quelqu’un de malade, la pression qu’il encourait à devenir petit à petit une vedette ne devait pas être si facile à vivre, spécialement si vous viviez sans cesse sur le fil du rasoir.
L’histoire de la musique est parsemée de victimes, avec des génies et des tragédies, et le grand Donald « Don Cosmic » Drummond, est juste une star parmi les autres qui brillent à jamais au paradis. Quoiqu’il en soit, et quelque soit la vérité, Don Drummond reste pour la Jamaïque un mystère à la limite du mythe, et qui continue encore de passionner. Depuis sa mort, musiciens, écrivains, poètes et même professeurs d’université continuent d’évoquer l’aura de ce compositeur et tromboniste jamaïquain et de le considérer à jamais comme une muse créative ayant pour toujours laisser son empreinte au sein même de la musique.
Pour clore cette saga sur Don Drummond, laissons les derniers mots à Tommy Mc Cook :
« (…). Il était absolument fantastique, aussi bien en tant que compositeur qu’entant qu’instrumentaliste. Il ne faisait pas de vagues. Il voulait simplement transformé la plus simple des chansons de ska et la faire devenir un bijoux… »
source :
http://www.studiowon.com/studiowon/don_drummond.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Don_Drummond
http://en.wikipedia.org/wiki/Don_Drummond_%28musician%29
http://www.geocities.com/SunsetStrip/Disco/6032/Marguerita.htm
- Sista Eklipse et Zapo -
"The Man With The Bog Trombone" |