Tonight Riddim - Anthony Johnson - Tribulation - David "Steel Pulse" Hindes - Positivity - Patrick Andy - Got To Do - Rootsmala - Injustice - The Silvertones - Poverty - Kojak - Freedom Fighters - Glen Ricks - Name Of The Fathers - Joseph Cotton - Perpetrators - General Levy - Life Hard - Original Uman - Parcours Santé
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YL : En quelle année s’est formé Heartical ?
SJ : Ca faisait déjà pas mal de fois qu’ont se réunissaient avec mes quatre potes dans la cave de Mister Tam, où on s’était installé des platines, et on passait du son et moi je prenais le micro, je toastais un peu. Et puis on suivait les sound-systems de l’époque, StandTall, Skalawax, Blues Party, on écoutait King Dragon, Lord Zeljko, je suis allé à quelques clashs à l’époque de Zeljko contre Scorpio. La première soirée de Heartical s’est déroulée le 21 juin 1999, je m’en souviens forcément puisque c’était la fête de la musique. Après cette première soirée, qui s’est très bien passée, où il y avait énormément de monde, à partir de là, on s’est dit qu’il fallait continuer. Ce qui est amusant c’est que je n’étais pas présent à cette première soirée, j’étais au Sénégal en vacances. En rentrant de ce voyage, j’ai décidé avec une amie de créer une association humanitaire pour faire de l’aide au développement en Afrique, j’avais eu des expériences auparavant, deux chantiers humanitaires en Côte d’Ivoire. J'avais envie de continuer l’expérience associative avec un projet de développement, et donc la soirée suivante de Heartical a été pour jouer au profit de cette association, qui était autofinancée, qui ne recevait aucune subvention, donc on se finançait en organisant des soirées et la toute première soirée, on avait un DJ de Dakar, qui s’appelle Jah Low, qui anime une émission sur une radio dakaroise assez connue et qui était de passage à Paris et qui m’avait rencontré lors de mon voyage et donc il a été d’accord pour participer à cette soirée, ça été un franc succès. |
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Et ça nous a amené ensuite à vouloir réitérer l’expérience sur la base de soirées régulières mais bon, dès la soirée suivante, on s’est retrouvés face un gros public, parce qu’en partenariat avec une bande de squatteurs, on a occupé une pizzeria qui se trouvait en face du métro Jacques Bonsergent, au cœur de Paris, on a tenus 6 mois, avec en moyenne 600 / 900 personnes à chaque soirée. On y a fait la première soirée avec Soul Stereo, on en a refait, ça nous a permis d’inviter beaucoup de sounds de la capitale, la troisième c’était avec StandTall et Jungle Sound, ensuite on a pu inviter Blues Party, Fighta Sound, Demolisha, Jahspora et pleins d’autres sounds ! En plus, c’était des soirées au profit de l’association, donc tout le monde jouait à la vibes, c’était quand même super agréable. Et puis à partir de ce moment-là on a commencé à avoir des demandes pour aller jouer dans des soirées organisées par d’autres sounds sur Paris, on a été invités par Sound and vibes et par Fundamental. En parallèle, depuis 1999, j’avais commencé à écrire pour Reggaefrance, je faisais des interviews qui étaient publiés sur leur site. J’étais parti à Londres pendant 2 mois, j’avais rencontré tous les activistes de la scène anglaise, et puis je suis revenu chargé d’interviews et chargé de contacts donc effectivement ces contacts ont été rapidement réutilisés pour organiser des soirées avec ces artistes. C’est comme ça qu’on a pu faire venir Anthony Johnson, General Levy, Joseph Cotton, Hopeton James ou Starkey Banton, avec qui on a été bookés pour une tournée de 3 dates en Italie, en 2001. Une grosse claque de voir la scène reggae dans un autre pays. J’avais vu à Londres, mais cette scène était sur le déclin par rapport à ce que ça été, le reggae n’étant pas la musique que les jeunes écoutent. Aller en Italie, c’était la claque. La première date à Bologne et en arrivant dans la ville on a vu un panneau publicitaire avec notre nom faisant la promo du concert, et sur la chaîne cablée locale, il y avait un spot qui passait ! Ensuite à Milan, au Leon Cavallo, un squat, on s’est retrouvés à jouer devant 3 000 personnes, donc forcément ça a complètement changé la vision, les possibilités du sound-system ! D’un hobby, on a entrevu la possibilité de faire quelque chose de sérieux. Et puis un des principes fondateurs d’Heartical, c’est qu’on a toujours été amateurs d’écouter les specials des autres sounds, mais on s’était toujours dit qu’on essaierai de créer des liens concrets avec les artistes, faire des tournées avec eux, faire leur promotion, à travers Reggaefrance à l’époque puis assez rapidement Radical, puisque je les ai rejoint au sein de la rédaction, en faisant des piges, des interviews des artistes. C’était donc une bonne possibilité de créer des liens avec les artistes, certains restaient même ¾ semaines à la maison, donc on avait le temps de creuser les idées pour les specials, de faire tout ce qu’on ne fait pas lorsqu’on est dans une session, c’était une période incroyable pour moi, c’était des gens que j’écoutaient, que j’admiraient, et là je les avait chez moi, je leur faisait à manger, je leur proposait des idées de dubplate, et puis j’ai commencé à faire l’intermédiaire pour des sessions dubs comme ça, du coup il y avait des artistes, les gens sachant qu’ils étaient avec moi me demandaient de les ramener dans leur studio et de faire des boulots. On a commencé à organiser aussi pas mal de sessions sur Paris, à cette époque là et de fil en aiguille, en 2001, on s’est retrouvés à créer le label, parce que, pareil, c’était Joseph Cotton, qui venait souvent à la maison et avec qui on avait fait pas mal de dates, il me proposait des prods, et puis il y a eu une sur laquelle j’ai flashé c’était le premier single d’Heartical ‘’Mister Terrorrist’’ sur la rythmique Weather Man Skank, le même cut que Carlton Patterson avec des mixs de Tubbys derrière, donc c’était le kiff de sortir ça ! |
Du coup j’ai crée une licence, puisque je n’avais rien produit dans ce titre, je me suis contenté de sortir le disque et puis c’est comme ça que l’histoire du label a commencé. On était 2 membres d’Heartical à avoir investi et pris du temps pour le développer à l’origine : c’était Mister Tam et moi-même
SJ :C’est clair que c’est l’évolution logique d’un sound ! Et même historiquement, si tu regardes l’histoire de la Jamaïque, comment est apparue cette formidable industrie… Ce sont des soundmans, Coxsonne et Duke Reid, qui sont devenus producteurs, donc y’a pas de hasard, les soundmans ont une passion pour la musique qui est évidente, mais au-delà de ça : ils ont surtout l’oreille pour sélectionner les morceaux qui peuvent plaire au public, c’est quand même le boulot de base d’un sélecteur : faire plaisir à son public ! Donc effectivement, nous, on a procédé un peu de la même manière, on a commencé à jouer les morceaux des autres et à se dire ‘’ah mais il y a des choses qui pourraient être comme ci ou comme ça…’’ ou ‘’j’aimerai bien avoir une série là-dessus’’ ou ‘’j’aimerai bien que untel pose là-dessus ça serait énorme !’’ et puis l’envie s’est transformée en réalité à partir du moment où la proximité avec les artistes a rendu ça possible. Dans l’industrie musicale française classique, tu ne peux pas le faire ! Mais dans le reggae, c’est possible, si tu peux investir, tu peux faire une série.
YL : Peut tu nous faire une chronologie des sorties ?
SJ : 2001 : le single fondateur |
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En 2003 : J’ai rencontré Hopeton James qui était de passage à Paris, on avait pas mal de shows ensemble et des sessions dubplates, et il m’a proposé un morceau qu’il avait en stock sur une instru de Dany Marshall qui est un recut du Heavy Rock de chez Studio One. Hopeton James chantait le morceau de Sam Cook ‘’Chain gang’’ dessus, ça m’a tapé dans l’oreille, étant donné que je suis un fan de Slim Smith, et dans les chanteurs actuels qui peuvent imiter ce style, il n’y en a pas beaucoup qui peuvent encore tenir la note haut perchée. Et puis Hopeton, c’est une des plus belles voix de Jamaïque et une des voix les plus sous-estimées en réalité par rapport à son immense talent. J’ai donc décidé de sortir ce single et ça a été beaucoup plus dur de faire des ventes plus importantes avec un chanteur dans ce style-là. C’était une expérience, il fallait le sortir pour s’en apercevoir. Il était tout seul et il n’y avait qu’un single, j'ai donc retenu cela pour la suite : un artiste isolé est plus difficile à vendre qu’une série, mais une trop grosse série peut être un handicap aussi. Ca a été aussi l’acte déclencheur d’autre chose… En 1999, j’étais allé au festival de reggae de Bilbao et j’avais fait l’interview de Mickael Roze pour Reggaefrance et sur place j’avais rencontré les organisateurs du festival, dont un des membres était le membre fondateur de BDF, Basque Dub Foundation, moi je suis d’origine espagnole, donc pas de barrière linguistique entre nous, on a partagé notre passion commune du reggae, c’était un peu une grande rencontre parce que on a plein de trucs en commun en termes de goûts, on pouvait parler musique des heures durant. Et en fait ce membre de BDF habitait déjà à Londres depuis une dizaine d’années à l’époque.C’est un pur autodidacte, il s’appelle Iñaki Yarritu, il a appris tout seul à jouer de la guitare, du clavier, du mélodica. Grand passionné de reggae, il avait une émission de radio en Espagne, émission pionnière du reggae en Espagne, c’est lui qui a enregistré le premier dubplate en Espagne en 1996, un dub de Freddie Mc Gregor sur la rythmique du « Ministerio del dub », que l’on a ensuite sorti en 2008. Ses amis d’enfance sont aussi des passionnés de reggae. L‘un est journaliste et critique musical dans le plus grand quotidien du Pays Basque et l’autre possède le seul shop reggae à Bilbao, il avait l’équipe parfaite pour mener à bout leur projet : ramener des artistes qu’ils adoraient. Donc ça été une des rares apparitions de Yabby You en Europe en 1994, et une des dernières apparitions d’Augustus Pablo en live avant son décès en 1999. Iñaki, fanatique de mélodica a pu avoir Augustus Pablo à la maison, voir comment il jouait certains trucs. C’est un vrai passionné donc il a étudié les techniques d’enregistrement des années 70, comment on place un micro pour faire une prise de son de batterie à la seventies, ce que la plupart des studios en Jamaïque ne savent plus faire aujourd’hui, finalement on trouve parfois des sons plus authentiques en Europe que ce qu’il se fait en Jamaïque. En 2003, on s’est revus parce que je suis retourné au festival de Bilbao, vu que j’avais mon sound-system, ils m’ont invité, donc du coup j’ai fait le premier soundclash espagnol en 2001. Historiquement, c’est le tout premier clash en Espagne, mais il n’y avait pas de règles, ni d’arbitre ! A partir de là, avec Iñaki, je lui ai dit ‘’Moi, j’ai plein d’artistes qui sont prêts à enregistrer, et toi tu sais faire des rythmiques (il avait déjà sorti 2 albums avec BDF à l’époque)’ ’On s’est donc mis d’accord, lui fournirait les rythmiques, moi je ferai les prises de voix des artistes, je le paierai pour faire ses rythmiques et je paierai les artistes, je serais producteur exécutif et on serait producteurs associés sur l’aspect artistique de la chose. Et c’est comme ça que l’expérience d’Heartical 1.0 a commencé : soit Heartical qui produit ses propres morceaux et non pas qui sort les morceaux des autres. |
Chacune de ces premières années a été un peu une année charnière, et l’expérience a continué car 2003 a aussi été l’année de notre premier clash international contre Runn Sound en Belgique. On est revenu avec le trophée et c’est à partir de là que l'on a commencé à faire des clashs quasiment tous les ans.
2005 : On a sorti le « Fade Away », sur cette rythmique il y avait déjà eu la toute première production d’un artiste espagnol qui s’appelle Morodo, qui est un peu on pourrait dire le Lyricson espagnol, c'est-à-dire un artiste très populaire en Espagne mais pas forcément connu du public reggae pur et dur. L’intérêt c’est qu’il n’y avait pas beaucoup de recut récents de cette rythmique, à part le recut de Digital B, ce n’est pas une rythmique qui a été énormément reprise. Sur le « Fade Away » c’était aussi la toute première fois qu’on enregistrait Mykal Rose. Il y a aussi une prod de Hopeton James, et un morceau du cousin de Mykal Rose : Troublesome, qui avait fait une toute petite carrière avec Mafia & Fluxy. Egalement Ranking Joe, qui faisait une version toastée du Hopeton James. Il y avait également le morceau de Difanga et Uman. Uman, je l’ai rencontré en Belgique lors du concert de Jigsy King, qui passait en Europe. On est restés en contact pour des dubplates puis des productions et des shows.
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Ensuite on est passé au « Slaving », là encore c’est un morceau qui n’a pas beaucoup de versions. Là encore gros kiff ! Pour Iñaki, qui fait de la basse et du mélodica chez BDF, c’était un plaisir, pour lui, Lloyd Parks c’est un peu son héros en matière de musicalité. Et en fait le « Slaving » a été une rythmique qui a eu plus d’impact en termes d’originalité. Par contre, ça été super dur à gérer parce que c’était la première fois qu’on sortait 7 singles d’un coup ! C’était compliqué car on avait la logistique d’un petit label familial, c'est-à-dire que pour démarcher les shops je transportais les disques à bout de bras ou dans un sac à dos ! J’ai souvent encore des demandes de singles de cette série. C’était la première fois qu’on travaillait avec Lone Ranger, en 1999, on a organisé la première soirée de Lone Ranger dans Paris avec Soul Stereo. Il faut savoir que Lone Ranger était passé au Palace en 1979 et c’est de là qu’était partie toute la scène sound-system française. 20 ans après, il était de retour à Paname, booké dans le 13ème, dans un petit squat. U-Brown, pareil, on a commencé à faire des shows ensemble et ensuite, on l’a fait poser sur la série. Il y avait également Roberto Sanchez, qui a repris le ‘’Slaving’’ de Lloyd Parks. Et aussi Carlton Livingstone, Eddie Fitzroy et Mikal Roze pour son deuxième single.
En 2001, j’ai commencé à bosser pour Jet Star, qui était le plus gros distributeur de reggae en Europe et qui m’ont demandé de faire leur promotions en France. Je m’occupais en gros de faire la promo auprés des deejays. Je pouvais utiliser le studio de Jet Star pour enregistrer des dubplates ou des jingles pour un peu toute les émissions de radio du panorama français. Et en parallèle puisque j’écrivais pour des magasines français comme Radikal et reggae magazine, c’était une bonne occasion de côtoyer les artistes. Tout s’est goupillé en même temps. Mais il faut dire que c’était une époque complètement différente de maintenant. Jet Star sortait 3 à 4 albums par mois et des dizaines de singles, ça envoyait du lourd, ils essayaient de lancer de nouveaux artistes, comme les Rasites ou Alpha Rowen.
YL : Ca n’a jamais été un handicap d’avoir des morceaux en français quand tu as voulu exporter les séries d’Heartical ?
SJ : Non, car j’ai toujours eu l’intelligence de mettre les artistes français en face B des jamaïcains. C’est une des ficelles du métier. Un morceau français en single vinyl a un potentiel en Belgique, en Suisse et en France mais ça s’arrête malheureusement là, aujourd’hui.
YL :C ’est comme de mettre un artiste en devenir en face B d’un artiste d’une plus grande renommée
SJ : Ouai, principalement aussi pour que les artistes se soutiennent les uns les autres, notamment Uman je l’avais calé en face B du Sugar Minott, pour lui c’était un kiff de se dire qu’il était en face B de Sugar Minott. Mais c’est vrai que j’ai toujours été conscient que je ne pourrais pas vendre mes singles si les artistes français étaient tout seuls, en Italie ou en Allemagne, ou alors à des quantités tellement dérisoires que la rentabilité ne serait pas au rendez-vous.
YL : Donc après le Slaving, il y a eu une ressortie du « Promised Land »…
SJ : Oui, le Promised Land est toujours en demande, tous les distributeurs nous disaient « ouai on reveut du Luciano, on reveut du Al Campbell ». Donc on s’est dit « il y a peut être moyen de refaire quelque chose ». Cette ressortie à ultra bien marché, et ca été l’occasion de faire poser Johnny Osbourne sur une prod . On ne le voyait pas beaucoup sur des prods, mise a part quelques sorties pour Massive B et deux, trois labels, et tout ça est venu du fait qu’en 2005 j’étais invité pour jouer avec Massive B et Stone Love à New York, et du fait que j’avais organisé leurs venues en 2001 à Paris, j’étais resté en contact avec Bobby Konders. J’ai profité de mon séjour à NY pour enregistrer avec Shabba Ranks, Chuck Turner, Conroy Smith, Wayne Smith et Johnny Osbourne. Sur cette ressortie du riddim, il y eu un énorme morceau de General Levy, que je connaissais depuis notre rencontre en 1999 à Londres. Ce morceau au début on le faisait en live et comme il passait super bien auprès du public, c’était une évidence qu’il fallait faire poser ce titre. Ca a pris super bien, et je pense que ce single de General Levy, « Time dread », est sans doute la meilleure vente du label à ce jour.
Pour la série suivante, on a ressorti des cuts sur le Real Rock, moi j’avais fait poser un medley de Wayne Smith et Johnny Osbourne à New York, et ca m’a remotivé à refaire des cuts dessus. Par ailleurs, on refait toujours bosser les lyrics des chanteurs, même si on part d’un de leurs hits, c’est une identité du label, de ne pas sortir des morceaux qui font l’apologie des armes, de la violence ou qui sont dégradants pour quelque communauté que ce soit.
Après on est un peu restés dans cette logique de ressortir nos rythmiques, donc ça a continué avec le Fade Away. On a fait poser Lukie D qui était de passage à Paris avec Special Delivery, Queen Omega, que j’avais rencontré à Jet Star lorsqu’elle sortait son premier album, qui était venue en studio avec sa mère, qui fait d’ailleurs les backs sur sa chanson ! Il y avait aussi Kojak, dont j’étais fan et que j’avais découvert dans les émissions spéciales « Rub ‘n’Dub » de Zeljko. Je tombe sur Kojak en Jamaïque, je me suis rendu compte qu’il ne mangeait pas à sa faim et qu’il galérait pas mal, j’ai essayé de lui apporter mon petit soutien, de le remettre dans le circuit des « specials », et il a commencé à poser sur nos rythmiques. On doit avoir quasiment un album complet à présent. O0n fait sortir ces titres au fur et à mesure des nos séries. J’en profite pour lancer un message : si ça peut intéresser quelqu’un, on a un album de Kojak qui est là, qui est prêt, sur les rythmiques de BDF !
Et donc on arrive là, à un autre tournant du label, la première sortie d’un riddim propre à nous

YL : Justement c’était ma question, pourquoi avoir choisi de ne bosser que sur des recuts ?
SJ : Alors les licences du début c’était d’abord des opportunités, ou alors des « kiffs » du fanatique qui est en moi qui parlaient. Après le côté de vouloir créer un truc perso ayant pris le dessus je me suis mis a créer mes propres rythmiques, mais c’est vrai que tout de suite je me suis dit « oula ! Je débarque dans le monde de la production, on va essayer de mettre dans le 1000 ». Parce que en tant que distributeur pour Jet Star en France, je voyais bien que certains trucs ne marchaient pas du tout et qu’il y avait des vrais cata’ c'est-à-dire des labels qui ne sortaient qu’une série, et la série se plantait parce qu’il y avait 6 titres qui ne se vendaient pas ! Et tu ne peux pas continuer comme ça, sauf si tu finance ça de manière occulte ou peu glorieuse. Mais nous on n’était pas dans cette situation là, le label était autofinancé donc il fallait à tout prix que l’argent qu’on avait mis au début se trouve toujours là, à la fin du processus. L’idée, c’était aussi de jouer sur l’inconscient collectif, sur le fait que certaines rythmiques tout le monde les connait, donc quand tu vas entendre certains trucs tu va être plus tenté d’acheter. C’était aussi les débuts de la VPC sur internet, et je me suis mis dans la position du client qui arrive sur un site qui se dit « on va voir un peu ce qu’il y a, tiens je vais voir ce qu’il y a sur le Fade Away », bim je tape « Fade Away ». C’est clair que tu es 10 fois plus visible avec un Real Rock ou un Promised land qu’avec un riddim sorti de nulle part.
YL : Et la suite c’est quoi ? C’est de ne continuer qu’avec des prods ?
Alors le « Ministerio » c’était une rythmique de 1996, la toute première rythmique que BDF avait dans ses tiroirs. Et moi je l’avais entendue et je me suis tout de suite dit « Cette rythmique elle est juste dingue, on va faire quelque chose avec ! ». Et au bout d’un moment Iñaki ma dit que cela lui ferais super plaisir de sortir une rythmique à lui. Iñaki ma donné le feu vert pour bosser sur le « Ministerio », moi je voulais faire une petite série de 3 cuts, et je me suis retrouvé avec 9 artistes dessus ! Et encore parce que j’ai freiné, là encore il y a des artistes français qui m’ont amené leurs maquettes en disant « ouai j’ai ça sur ton riddim, je voudrais poser dessus ». Et le Ministerio ça été le luxe, parce que j’ai pu bossé avec David Hinds de Steel Pulse pour qui j’ai organisé une de ses premières vraies sessions de dubplates, organisée et structurée. Et comme la session a très bien marché, forcément on en a refait d’autres, donc à un moment je lui ait fait écouté mes prods, et ça l’a intéressé. Lui qui est quand même connu pour ne pas poser en dehors de ces propres prods, ou alors en featuring : c’était super flatteur qu’il me propose ça ! Il a posé ce fameux tune « Jah Vengeance » sur le « Ministerio », ça n’a pas été simple car il faut savoir que David Hinds (lead vocal de Steel Pulse) est un artiste ultra perfectionniste, faut savoir qu’il est capable de passer une journée entière juste sur un dubplate !!! Si jamais il estime que le résultat n’est pas comme lui il voudrait, toi tu ne va y avoir que du feu, tu vas te dire « C’est génial, c’est parfait » et lui te répond « mais non c’est juste une esquisse, maintenant on va commencer à bosser ». Pour l’anecdote on a enregistré ce morceau dans un studio à Boulogne, big up d’ailleurs à mes amis de True Sound . On y a passé tout un après midi, c’était nickel, c’était parti pour être sorti, et David ma rappelé en me disant « Bon c’est pas mal, la maquette est sympa, mais maintenant on va faire le vrai enregistrement ! ». Et le truc c’est que quand le morceau est sorti il m’a encore dit « J’aurais encore voulu changer quelques trucs ! » L’autre événement de ce riddim, c’est la présence d’Alton Ellis, avec qui j’avais fait pas mal de sessions dubplate à Londres et que je connaissais assez bien. Je lui avais organisé pas mal de dates à l’étranger, dont une fameuse date en Suède notamment, on avait un bon degré d’amitié, professionnel en tous les cas. Je lui ai proposé de poser sur la rythmique et il était enchanté, alors qu’il sortait rien en production, et je pensais que c’était un choix. Mais c’est vrai que ça m’a pas mal marqué et j’y repense souvent, quel chance d’avoir pu bosser avec ce mec qui est un des premiers vocalistes à avoir enregistré pour Studio One, une vraie légende du Rocksteady, un artiste ultra respecté, et surtout super humble. Et donc on était dans un studio, une sorte de home studio avec enregistrement sur bande, et il y avait des gars qui faisait des jingles pour une radio et qui mettaient des heures à faire des jingles de 20 secondes, et à aucun moment ils n’ont eu l’idée de se dire qu’Alton étant quand même une personne âgée, ils n’allaient pas le faire patienter 4 heures. Et Alton était là dans un coin à attendre, moi je n’avais qu’un flip c’est qu’il me dise « J’en ai marre, je me casse » et ben non il est resté assis sur la machine à laver dans la cuisine du home studio, et il squattait là et on parlait musique et pas à un moment il ne s’est plaint. Et puis l’autre aspect super humble d’Alton, on a pu le voir à un moment dans le studio, il bloquait un peu sur les lyrics et il se tourne vers moi en disant « t’as pas des idées de lyrics ? ». Je me dit moi donner des idées de lyrics à Alton Ellis ? Bon, pourquoi pas ! Bref, j’improvise quelques trucs, et il les a notés et utilisé dans son texte !
La sortie du riddim a pris un peu de temps, et alors qu’on était prêt à le sortir, BOOM ! On apprend le décès d’Alton Ellis. Un pur hasard de calendrier à fait que c’est sans doute la dernière production d’Alton Ellis.
A noter aussi, sur le Ministerio, le cut en face B du Carl Dawkins, il y avait un autre morceau qui n’avait rien à voir, que je ne savais pas où sortir et je me suis dit je pouvais le mettre en face B, c’est totalement une autre rythmique, c’est une production de Trevor « Juggling » T., j’ai fait chanter une artiste qui s’appelle Lady M en duo avec la chanteur Antonio qui était connu en Angleterre pour avoir fait la reprise de « My Love Is Your Love ». Et donc j’avais ce morceau et le sortir tout seul je savais que ça allait être une catastrophe commerciale, a moins qu’il soit adopté par une énorme radio donc on l’ a mis en face B et ça marche assez bien de la sorte
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YL : Et donc les projets c’est quoi, de continuer sur des prods ?
SJ : Ca, ça été un gros débat avec BDF qui du coup s’est dit « c’est bon on va sortir que des prods » or le fait est que depuis le début j’ai commandé pas mal de rythmique à BDF, il doit y avoir 17 ou 18 riddims de prêts, et il y’en a eu 6 ou 7 de sortis et donc il me reste une dizaine sur lesquels j’ai envie de bosser. Mais pour BDF, voilà les riddims sont finis donc il a envie de passer à autre chose. On y va à petits pas, on essaye de sortir un riddim par an même si j’ai déjà trois séries d’avance qui sont terminées. Sortir pour sortir c’est pas le but non plus, surtout qu’après quand tu sors une série, il faut aller la défendre sur scène avec le sound et les artistes si possible.
YL : Et les trois riddims d’avance c’est des recuts ?
SJ : Oui, les trois d’avance sont des recuts
YL : Est-ce que tu vas garder ce rythme de sortie ?
SJ : Les séries se sont bien vendues jusqu’en 2006/2007. Je me souviens de séries de 1000 copies qui sont parties en 3 ou 4 mois. Quand tu sais qu’aujourd’hui il te faut un an à un an et demi pour faire la même chose tu comprends que les délais de sortie sont très ralentis et puis quand tu vois qu’à Yard il faut d’abord que ce soit un hit avant que ce soit sorti. On a complètement inversé le système de fonctionnement, mais bon moi je reste accroché à la conviction que si tu fais de la bonne musique et que si en plus c’est du son foundation tu as plus de chance de pouvoir vendre sur la durée que si tu fait des tunes bashment qui surfent sur du vocoder. Par contre le son "Roots Radics", "Soul Syndicate", il n’a pas d’époque, il s’est vendu à sa sortie, il se vend encore, et se vendra encore dans 30 ou 40 ans |
YL : Tu ne sors que du vinyl, qu’est ce que tu pense du….
SJ : Non ! je sors du vinyl mais je fais aussi de la vente digitale également. On bosse avec Fine Tunes qui est un agrégateur sur lequel on est présent depuis 2005. On été parmi les premiers en France, parmi les labels indépendants de reggae
YL : Par qui tu passais au début ?
Dès le début, par une plateforme allemande, parce qu’on est en très bon lien avec Soundquake qui nous a fait joué pour la première fois en Allemagne. Et dès le début du label ils nous ont soutenus et donc eux sont les « providers » d’une grosse plateforme qui est l’équivalent d’un Believe (Believe Digital – plateforme de téléchargement payant française) chez nous, qui s’appelle finetunes.de, plateforme de vente qui réunit iTunes, Virgin, Fnac etc… Le seul souci dans ce monde très dense des ventes digitales c’est effectivement d’être reconnaissable et indentifiable donc effectivement fnac.com ou iTunes ne savent pas comment classer du reggae, parce que les mecs qui remplissent les fichiers de données ne savent pas forcement que Steel Pulse c’est un groupe et pas le nom d’une chanson, etc
YL : Et au niveau des ventes ca représente quoi pour vous ?
SJ : Environ 5% de notre chiffre d’affaire, c’est rien du tout. Après faut savoir qu’au dernier trimestre 2009, les ventes de CD ont reculés de 17,8% et les ventes digitales se sont envolées de 3,3%, forcement il y a une disparition de 14%. C’est la génération des 15-16 ans qui a grandit avec un iPod qui va faire la différence. Après c’est un autre débat, mais moi j’estime que la connaissance de la musique requiert à un moment ou à un autre de s’arrêter sur l’ensemble de l’histoire d’un morceau, c'est-à-dire qui l’a produit, qui l’a chanté, quels sont les musiciens et donc ce genre de données n’est absolument pas disponible sur un mp3. Dans le meilleur des cas sur un mp3 tu as le bon titre et le bon artiste, et c’est déjà bien. Un disque physique à au moins le mérite de mettre les crédits sauf erreur qui arrive aussi. Le pire c’est qu’il y a des histoires assez comiques comme ca par exemple Carlton & His Shoes, en fait non le groupe s’appelait Carlton & His Shades, et de Shades c’est devenus Shoes, parce qu’en fait à Studio One c’était Horsemouth Wallace qui s’occupait de l’impressions des macarons et qui se plantait régulièrement sur les noms. ..
YL : Sinon pour revenir au sound system, pourquoi continuez –vous de graver vos dubs sur acétate ?
SJ : Parce que nous on a commencé comme ça à l’époque où les sounds jouaient encore en acétate, et que pour moi ca fait partie du plaisir de la musique. Il ya le CD effectivement, mais la on rentre dans des considérations techniques, je trouve que le vinyl ou encore plus l’acétate a un son plus intéressant. Après de nos jours avec le progrès de la technique on peut avoir une bonne qualité de mastering en cd, mais fut un temps ou ce n’était pas le cas.
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Le fait est qu’Heartical joue 2 ou 3 fois par mois, donc c’est pas comme si on était là à user les acétates jusqu’ à la corde, on a une collection de dubplate qui doit avoisiner les 800/900 dubplates, et que généralement en dance tu en joue 60/70 donc par phénomène de rotation l’usure est moindre. Un acétate tu peux le jouer une 100aine de fois avant de perdre une dynamique, donc si t’es pas attentionné et soigneux ça peut se dégrader rapidement. C’est du sport au niveau physique parce que la box en moyenne c’est entre 25 et 30 kg que je me ballade, depuis quelques temps, j’ai le même show en copie cd au cas où !
YL : YL : On va un peu changer de sujet, on va revenir un peu sur le clash Soul Stereo Vs Heartical. Je voulais savoir si il y avait toujours un peu de tension entre vous, quel bilan tu tires de ce clash 5 ans après et si une revanche est possible et envisageable ?
SJ : Alors, je vais te répondre à ces trois questions. Est-ce qu’il y a encore de l’animosité moi personnellement je considère que je n’ai pas d’ennemis, après si les gens ont envie d’être mes ennemis c’est leur problème ce n’est aucunement le mien. Pour moi il n’y a rien, ca fait tellement longtemps, l’eau a tellement coulé sous les ponts depuis l’histoire d’origine... Pour moi tu ne devrais même pas aborder ce sujet dans l’interview, car c’est tellement une histoire cheap et petite à la base que ça n’a pas grand intérêt. Pour moi il n’y a pas d’animosité, après Rico était là à la dernière soirée qu’on a fait à l’Alternat, il est là quasiment à toutes les soirées qu’on fait à Paris, est ce qu’on doit en déduire qu’ils apprécient de venir à nos soirées… Après le bilan du clash, c’était donc en 2003, ca fait donc 6 ans, c’est un clash où l’on a beaucoup appris, c’était une expérience vraiment enrichissante parce que c’était le premier clash qu’on faisait en France, on avait juste fait le clash contre Runn Sound en Belgique. Et puis chacun sait que Soul Stereo c’est un des sounds les plus importants en France aujourd’hui donc c’est pas un hasard que l’on se soit retrouvé à clasher avec eux et que l’expérience que ça a pu nous apporter en terme de connaissance de soundclash. Je dis souvent qu’on apprend beaucoup plus dans une défaite que dans une victoire, dans une victoire t’es tellement submergé par la joie d’avoir gagné et que tu as ramené le trophée à la maison que finalement tu ne retiens pas tous les travers, tous les moments où la soirée aurait pu basculer sur très peu de chose. Alors qu’effectivement quand tu perds, ca cogite tu te dit « Qu’est ce qui n’a pas marché, ou est ce qu’on s’est gouré ? Qu’est ce qui aurait pu être fait ? » et c’est évident que si je refaisait la soirée aujourd’hui je ne la referait pas du tout comme ca été fait à l’époque, il y a des axes, des approches qui n’ont pas fait l’effet qu’il y aurait dû avoir. Après je pense que c’est pareil pour eux, dans cette soirée concrètement il y a des moments où effectivement il y avait de la remise en question, ils se demandaient si ils avaient fait les bons choix. Donc je pense que eux aussi ont appris. D’ailleurs je ne sais pas si c’est un hasard ou pas mais il n’ont pas re-clashé depuis, en fait c’était leur dernier clash…
YL : Combien de clash justement Heartical a effectué ?
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SJ : Que je ne te dise pas de bêtises, en dehors des participations au Championnat Maffé et au Spanish Clash, il ya eu officiellement clash avec Runn Sound, Soul Stereo, Supersonic, Rootsman, Luv Injection, Guiding Star, French Crown et Northern Lights. Soit huit clashs annoncés comme tels, après il y a eu beaucoup soirées qui se sont terminées en dub fi dub et que je ne compte pas. Il y a aussi eu les clashs annulés contre Soundquake ou contre Blues Party, qui a été avorté faute de public, suite à divers problèmes de promotion…
YL : Et il y a un sound en particulier que tu aimerais bien clasher, aussi bien français qu’international ?
SJ : Y’en a plein, j’aimerais clasher contre tous les spécialistes de "foundations", comme je vous disais la dub box d’Heartical est assez profonde mais le fait est qu’on en exploite qu’une infime partie parce que quand tu dois clasher de la manière dont ça se fait aujourd’hui, ou il y a énormément de round ou l’impact du juggling fait le gros de l’effet, donc tu ne peux pas te permettre d’aller fouiller dans ta box comme tu l’aimerais, parce que c’est prendre des risques. Tu peux en prendre, moi j’en prends beaucoup par rapport à des sound systems, qui eux jouent vraiment que le top 10 des charts enchainés les uns après les autres. Avec certes l’effet escompté, c'est-à-dire faire soulever le public mais avec une prise de risque assez limitée. Moi je joue pas mal de foundations, c’est plus risqué mais plus gratifiant…
YL : Est-ce que c’est pas un point faible, parce que beaucoup te reprochent de jouer souvent les même sélections ?
SJ : Pour moi c’est un point fort, et pour beaucoup les fanatiques d’Heartical, c’est un point fort mais effectivement pour un fanatique de bashment et de news c’est un point faible. Après j’ai des rounds qui sont construits et que c’est inconcevable pour moi de jouer tel truc et de ne pas enchainer tels autres cuts derrière. Pour ca il y a deux raisons, l’une c’est historique, c’est que souvent les trucs vont ensemble historiquement, mais après c’est surtout stratégique, si effectivement tu joue Toots & The Maytals « 54-46 », et pas le Marcia Griffiths, il y a des chances que tu te prenne le Marcia dès le round d’après avec une animation adaptée parce que effectivement c’est deux tunes qui sont sur la même rythmique, et l’inverse aussi si tu sors le Toots en second en précisant que c’est le premier à chanté sur cette rythmique. Mais là c’est plus un point de vue de passionné, un sound de bashment ne va pas forcement savoir l’info...
YL : Mais justement le point fort qu’on peut te donner, c’est que par exemple au clash contre Soul Stereo, je me souviens qu’au dub fi dub on te sort « c’est un blueprint, personne ne peut te jouer ça ! » et que toi tu arrive derrière et tu balance « Si, tel sound en telle année a joué ce dub à tel clash ».
SJ : Mais ça, ça m’arrive souvent, ça m’est arrivé il y a encore pas longtemps, un sound qui arrive et qui te déclare qu’il est le premier à jouer telle tune, alors que tu sais pertinemment que c’est joué depuis des années, sauf que le gars n’a pas la culture nécessaire pour le savoir. C’est arrivé aussi, petit clin d’œil à nos amis d’Irie Crew, qui ont pris une petite claque à New York la dessus, en annonçant qu’ils étaient les premiers à joué Horace Martin qui fait une reprise du « Youthman » de Glenroy Richards alors qu’ils n’étaient effectivement pas du tout les premiers, puisque c’était un classique de Jaro, qui jouait ça depuis des années. Et comme tous les classiques de Killamanjaro, X milliers de sounds l’ont recutés derrière, et donc peuvent jouer ça ! Pas de bol c’est Ricky Trooper (ex selecteur de Jaro !) qui jouait avec eux ce soir là, donc c’est clair que la « gamelle » à été immédiate, Ricky Trooper est arrivé et il a joué son propre recut ! Donc effectivement ce genre de culture peut être très utile, surtout quand c’est appuyé par le speech qui va avec et l’attitude adéquate sur scène.

Petit Questionnaire Rapide :
1er 45trs acheté :
- Bonne question, c’est limite une colle ! Dans les premiers que j’ai dû acheté, la première fois que j’ai posé ma tune sur un comptoir de shop, ca devait être pour "Like Mountain" de Sizzla chez Fire House. Je me souviens qu’à l’époque y’avais que Dubwize qui l’avait et du coup j’en avais acheté trois, pour mes potes et pour moi.
Par quel artiste as-tu découvert le reggae :
- Mon premier souvenir de reggae c’est Tonton David et Saï Saï sur la compilation Rapatitude en 1989.
Quels sont tes influences niveau sound system ?
- Tous les sounds français qu’on allait voir à l’époque, King Dragon, Stand Tall, Blues Party, Scalawax qui était super actif à l’époque où nous on commençait à s’investir dans le mouvement. Je dirais ces 4 là. Et après en internationaux c’est clairement David Rodigan, Downbeat, Killamanjaro et Stone Love.
Un artiste majeur :
En roots :
- Alton Ellis, obligé. First studio one recording artist !
New Roots :
- Sizzla, clairement il a complètement transformé la donne du New Roots.
Digital :
- Wayne Smith, parce que quand on parle de digital on pense souvent à lui en premier.
Dancehall :
- Shabba Ranks et Super Cat forever
Le premier dub enregistré ?
- Le premier dub enregistré à été un artiste très peu connu qui s’appelle Buckey Ranks. Comme je te disais le concept d’Heartical était vraiment d’enregistrer avec des gens qu’on connaissait, et c’est le premier artiste qu’on a rencontré à Londres. C’est un chanteur qui s’est un petit peu fait connaître via Youthman Promotion, le sound system de Sugar Minott et qui est accessoirement acteur au cinéma où il joue souvent le rasta de service ! Les deux premiers dubs que nous a fait Buckey Ranks, sur le Satta et sur le Real Rock, ont été joués pour la première fois à la soirée avec Lone Ranger en 1999. C’était notre premier acétate.
Meilleur souvenir de session ?
- Y’en a eu tellement, mais je suis forcement obligé de cité la session avec Marcia Grifitths, Bob Andy et Alton Ellis. Vu que c’est un truc complètement historique et qui n’était pas prémédité ! C'est-à-dire qu’il y avait Bob et Marcia qui faisaient un show ensemble depuis la première fois en 30 ans, à Londres, on se retrouve en studio, ils avaient un peu esquivés leurs managers, ils avaient enregistrés tous les dubs, ils allaient faire les miens et la toc à la porte, Alton Ellis, qui était passé pour voir ses vieux compères de Studio One. Du coup, c’est un dubplate unique au monde ! Et pour la petite histoire, mon appareil photo n’avait plus de piles.
Pire souvenir de session ?
- Je peux répondre mais je ne donnerais pas de nom. C’est un artiste qui s’est monté la tête qui s’est comporté comme une star, alors qu’il ne l’était pas à l’époque, il s’avère qu’entre temps il est devenu très populaire. En l’occurrence il y’avait un sound qui était venu, le ton a commencé à monter parce qu’ils avaient vaguement essayé de négocier, mais bon s’étaient résignés en disant « Ok, c’est bon on est prêts à payé le prix fixé ». Et là l’artiste s’est emballé et a commencé à tapé une diatribe comme quoi il était limite dieu sur terre, que si cela avait été Capleton il ne se serait jamais permis de négocier et j’ai été obligé de le remettre à sa place, en lui expliquant qu’il n’était pas dieu sur terre, que sa carrière était en train de se construire et que son attitude n’était pas la meilleure à avoir dans sa situation
Meilleur souvenir de clash ?
- Je serait tenté de dire, le premier qu’on a gagné et qui était aussi le premier qu’on faisait, contre Runn Sound. Parce que, forcément c’est la soirée où tu as tout à prouver, c’est ta première sortie officielle dans le clash, tout le monde t’attend un petit peu au tournant dans le milieu super solidaire des sounds systems (rires), en plus tu vas représenter la France contre un autre sound Hollandais, en Belgique, dans un pays qui est découpé entre flamand (néerlandophone) et wallon (francophone), tu joues dans la partie néerlandophone… On nous avait clairement dit qu’on allait être réduits en pièces !
Pire souvenir de clash ?
- Il n’y en a pas des vraiment dramatiques, mais je dirais l’attitude de certaines personnes qui ne comprennent pas que le clash c’est de l’entertainment, c’est du divertissement, et qui pensent qu’une défaite de ton sound impliquerait une défaite de ta personne, comme si ton ego pouvait être à ce point là lié à ton sound system…
Un avis global sur la scène sound system en France ?
- Pour résumer je dirais que la France n’a pas su négocier un certain virage, c’est mon impression en tant que voyageur de la scène reggae, en tant que journaliste et producteur. La France était peut être un des pays pionnier en Europe au niveau de la scène reggae, sachant qu’on avait des sound systems en France depuis 1979, la France ramenait plein d’artistes, j’allais en Allemagne on me disait « vous avez de la chance d’avoir autant d’artistes qui viennent en concert ! ». A coté de ça, l’énorme force de la France, c’était d’avoir une vraie scène locale qui était reconnue, qui marchait et qui sortait des disques. Le soufflé est retombé d’un coup, les allemands qui n’avaient aucun artiste local, nous ont sorti Gentleman qui a complètement rendu le truc accessible au grand public là-bas et même à l’international. L’explication quand a savoir pourquoi l’essai n’a pas été transformé c’est qu’effectivement il fallait s’exporter, se placer à l’international, et ça ce n’est pas possible parce qu’en France, on a l’amour de la culture française, on défend quelque part notre culture de reggae man francophone, on parle en français dans les sound systems, on anime en français. Si un français se pointe et se met à animer en anglais, ca va mal passé, on va tout de suite dire qu’il se la raconte ! Tu vas en Allemagne, c’est pas comme ça ! Tous le monde anime en anglais toute la nuit, et les artistes locaux chantent majoritairement en anglais. Le marché francophone il existe, il est réel, il n’y a pas longtemps Taïro a sorti son album chez Warner, il y a régulièrement des petits projets qui sortent sur des vrais labels et qui ont un peu une tentative d’exposition mais ca ne marche pas comme ça a marché pour Nuttea ou quelques autres. Donc, voila faut s’exporter, faut voir plus grand ! Après c’est clair qu’internet à démocratisé cette accès à la musique…
Des remerciements ?
- Big up who fi big up, small up who fi small up ! Big up les gens qui soutiennent Heartical depuis le début, ils sont nombreux et se reconnaitront !
Zapo & Eklipse
Juin 2009