Back 7"





Susan Cadogan & The Diamonds - Hurt So Good

Produced by Lee Perry
Perries Records (1973) - Matrix : LP 4095-A / LP 4096-B

 

A écouter dans l'ordre :
- A Side - Susan Cadogan & The Diamonds - Hurt So Good
- B Side - Upsetter - Rub A Dub

 

 

Pour commencer, l'oeil du collectioneur averti, remarquera tout de suite que accolé au nom de Susan Cadogan on trouve "The Diamonds", comme nous l'explique Susan Cadogan c'est simplement car ce sont les Mighty Diamonds que l'on retrouve au backing vocal "I recorded "Hurt so good" late one night back in 1974 with the Mighty Diamonds doing the background vocals." Attardons-nous maintenant à l'histoire et au parcours de cette chanteuse.

 

 

Alison Anne Cadogan nait le 2 Novembre 1951 dans la capitale jamaïcaine Kingston, c’est sous le nom de Susan Cadogan qu’elle se fera connaître et ce bien au-delà du rayonnement de son île natale.


 

Elle nait donc à l’aube des années 50, époque pendant laquelle la Jamaïque, toujours sous le giron britannique, ne possède en son sein aucune industrie musicale locale. Pourtant la mère de Susan Cadogan est chanteuse, sort même quelques 78 tours (ancêtre du vinyle que l’on connaît aujourd’hui) dans les années 50, d’un style que l’on appelle en anglais le  "Devotional music", sorte de musique traditionnelle religieuse que l’on retrouve notamment aussi bien chez les catholiques, que les orthodoxes ou même chez les sufis. 

Pour en revenir à Susan, son enfance ne se déroulera pas en Jamaïque, mais au Bélize, petit pays d’Amérique centrale coincé entre le Mexique et le Guatemala, situé à quelques centaines de km de la Jamaïque. C’est là que son père, ministre Méthodiste, est originaire, en effet celui-ci partira en Jamaïque afin d'y faire ses études. Il y rencontrera une certaine Lola Veronica qui deviendra sa femme. Ils se marieront et repartiront au Belize afin d'y vivre pendant quelques années, et c'est donc là, que Susan Cadogan passera le plus clair de son enfance. Pourtant avant même de penser à la musique, Susan Cadogan travaille sans relâche pour devenir bibliothécaire, elle obtient son diplôme et décroche un boulot à la fameuse UWI (University Of West Indies) de Mona, petite ville à la périphérie de Kingston.


Il faudra attendre les années 70 pour que Susan Cadogan passe derrière le micro pour enregistrer son premier single, "Love My Life" qui sortira chez Total Sound sous son nom de naissance, Ann Cadogan. Ce morceau est produit par Jerry Lewis, le copain d’une de ses amies d’école qui est aussi DJ sur la radio principale de Jamaïque.  Au moment de la session d’enregistrement, se trouve dans le studio, l’un des plus grands producteur de l’époque, le fameux et excentrique Lee "Scratch" Perry. Impressionné par la voix de Susan Cadogan il décide très rapidement d’enregistrer un album, et la rebaptise Susan.


Un des premiers enregistrements qu’elle fait pour Lee Perry, est une reprise d’un hit de la chanteuse soul Millie Jackson, "Hurt So Good". Voila comment Susan Cadogan se souvient de cette séance d'enregistrement et surtout de la personnalité de Lee Perry: "I had just recorded my first song "Love my Life" at the Black Ark and Perry liked my voice..he said I had a sexy voice and he asked me to sing Hurt so Good for him and it became a big UK hit in a few months. He was a very strange person and had unusual ways of mixing and the different sounds he used on the record. While I recorded he allowed no-one else in the studio..just the two of us. He smoked a lot and was always pulling at his beard but he was good and kind to me and is responsible for my carrer and my name....I have so much respect for him".

Notons que l’on retrouve pour l’enregistrement de la version de Susan Cadogan, Boris Gardiner à la basse et la section cuivre n’est autre que celle du groupe de Berres Hammond, Zap Pow. Cette reprise sort en Jamaïque sur un des tout nouveaux labels de Lee Perry, Perrie’s, et n’a que peu d’effet sur le public jamaïcain et c’est une fois de plus vers l’Angleterre que le succès va venir, lorsque le morceau va sortir sur un tout jeune label, DIP.

Dennis Bovell (guitariste, bassiste, producteur, membre du groupe anglais Matumbi, qui sera un grand acteur du style de reggae "lovers rocks", qui trouvera sa place sur le marché en Angleterre et en Europe) raconte dans le livre Bass Culture qu’il travaillait à l’époque pour une équipe jamaïcaine composée d’un couple, Dennis et Yvonne Harris, qui pour démarrer leur label, DIP et Eve, prirent des chansons en licence. Ils étaient tous les deux de cossus propriétaires immobiliers et avaient vendu quelques-unes de leurs maisons et un supermarché qui leur appartenaient afin de se lancer dans le business du reggae. Et ils visent juste, puisque dans leur catalogue, ils trouvent le fameux "Hurt So Good" de Susan Cadogan enregistré au Black Ark de Lee Perry qui commence à chatouiller les charts anglais, à tel point que le couple Harris donne à son tour ce morceau en licence au label Magnet qui le fera grimer à la 4ème place des charts pop UK grand public.


Dans la précipitation Susan Cadogan s’envole pour l’Angleterre afin d’assurer la promotion de ce morceau, ce qui débouchera même un passage à l’une des émissions musicales les plus connues dans le monde, Top Of The Pops. Susan profite alors de son séjour en Angleterre pour signer directement avec le label Magnet qui décide de sortir dans la foulée "Love Me Baby" produit par l’anglais Pete Waterman, producteur et songwriter "occasionnel" anglais qui travailla notamment avec Musical Youth ou bien Peter Tosh lors de son séjour en Jamaïque. Ce single fait un peu moins bien que "Hurt So Good" puisqu’il se place à la 22ème place en Juillet 1975 et Susan Cadogan signe là son dernier hit sur le marché anglais. Quelques autres singles sortiront sur les labels Klik et Lucky histoire de faire rentrer un peu d’argent mais aucun d’entres eux ne parviendront à se placer dans les charts. Deux albums voient même le jour, "Doing It Her Way" et "Hurt So Good" qui sortiront sur les labels Magnet et Trojan, avec là aussi des ventes décevantes.

 

Susan Cadogan rentre alors au pays, et retourne à son métier de bibliothécaire. Elle refait surface en 1982, avec quelques-uns de ses enregistrements qui fonctionnent modestement en Jamaïque: parmi eux "Track Of My Tears", reprise du groupe de la Motown, The Miracles et "Piece Of My Heart", reprise d’Erma Franklin, sœur ainée d’Aretha Franlin. En 1983, elle enregistre avec Ruddy Thomas la chanson "Feel So Good" (You Know How To Make Me Feel). Après être à nouveau retournée à son travail de bibliothécaire pendant la majorité des années 80, elle enregistre en 1992 un album avec Mad Professor, intitulé "Soulful Reggae", et un autre en 1995 "Chemistry Of Love".


A noter qu’en 1995, le chanteur pop anglais Jimmy Sommerville enregistre une version de « Hurt So Good » ce qui va générer un léger regain d’intérêt pour la version de Susan Cadogan. A noter aussi qu’elle a tourné et été produite par Glen Adams, mais aussi avec un groupe de reggae-jazz américain du nom de The Slackers et enfin un groupe portugais, The Ratazanas.

 

Si Susan Cadogan a su profiter de l’explosion du reggae, et du lover’s rock au milieu des années 80 en Angleterre, elle n’aura malheureusement pas eu la chance d’être suivie de très près par un gros label ce qui lui aurait permis de s’imposer durablement en tant qu’artiste de reggae féminine au rayonnement international.

 

"You take me in your arms, baby, And bounce me like a rubber ball"


- Zapo -

 


Top Of The Pops - Tv Show - 1975
Susan Cadogan

 

Susan Cadogan at Black Ark


Susan Cadogan sitting on the gate post of Lee Perry's Black Ark Studio in Washington Gardens, Kgn. Jam. after a recording session.

 

Susan Cadogan at Dynamic

 

Susan Cadogan at Dynamic Studio in 1987




Labels Goodie's
Thanks to Graal Records - www.graalrecords.fr

 

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