Back 7"





Linval Thompson & U Brown - Train To Zion

Death In The Arena Riddim
Socialist Roots (1976) - Matrix : DSR 4493-A / DSR 4494-B

 


A écouter dans l'ordre :
- A Side - Linval Thompson & U Brown - Train To Zion
- B Side - Uncredited - Boom In The Arena

 

 

Considéré comme un des tout premiers 12" du reggae (avec le "Ya Oh" de The Jays sorti en 1976 chez Disco Mix), "Train To Zion" est un des extended les plus réussi, se cache derrière ce label très politisé, l'histoire d'un chanteur connu des reggae addicts mais quelque peu oublié des autres.

 

Il y aurait plusieurs morceaux pour parler de cet artiste hors pair, à la voix si particulière et identifiable, mais "Train To Zion" est, par plusieurs aspects, un morceau majeur de l'histoire de la musique jamaïcaine.
Tous d'abord le Label, Socialist Roots, bien connu des collectionneurs mérite que l'on s'arrête un instant.

Socialist Roots Hi-Fi c'est avant tout un sound system mais aussi un label derrière lequel se cache par Tony Welch, appelé aussi Papa Roots. Actif dès les années 70 au début des années 80, ce sound system s'appelait à son début King Attorney, et encore bien avant Soul Attorney. Lorsque en 1976 Tony Welch rachète la structure,le nom du sound system se transforme et devient Socialist Roots. Il monte alors son équipe de deejays, Ranking Trevor, U Brown, Jah Mikey, Nicodemus rien que ca, le tout sous la houlette du celèbre selecteur Danny Dread. Après 1981, Tony Welch modifie à nouveau le nom de son sound system pour devenir Papa Roots Hi-Fi.

Le choix de Tony Welch d'appeler son sound system Socialist n'est pas anodin. Très affilié au PNP (People National Party), il organisait des meetings et des rassemblements dans le but de promouvoir la paix dans ce qui fut une des périodes electorales les plus violentes que la Jamaïque n'ai jamais connu. Le label de Tony Welch fut pour ainsi dire très peu productif, on ne connait en effet que deux productions majeures de ce label, "Train to Zion" de Linval Thompson et U Brown, ce que l'on appelle un "extended" lorsque le deejay s'enchaine avec le chanteur, et "Savalamar Rock" de Ranking Trevor sorti lui en 1978 en 7".

 

Mais revenons un peu sur le parcours de Linval Thompson qui n’est pas des plus courant. Né en Jamaïque en 1954, il part vivre aux Etats Unis avec sa mère où il y grandit, c'est la bas qu'il enregistrera son premier titre « No other  Woman» .
De retour en Jamaïque en 1975, il enregistrera successivement pour Keith Hudson (Westbound Plane), Phill Pratt (‘’Girl you’ve got to run ‘’ aux studios Black Ark de Lee Perry), Augustus Pablo, Tapper Zukie, Lee Perry et Winston Riley avant d’entamer sa collaboration avec Bunny Lee en 1976. Il l’intègre dans son écurie de chanteurs, parmi Johnny Clarke, Horace Andy et Cornell Campbell et qui se terminera par la sortie de son premier album ‘’Don’t cut off your dreadlocks’’, dont les titres, ‘’Roots Lady’’, ‘’Mr Boss Man’’, ‘’I love Jah’’, ‘’ If I follow my heart’’ et ‘’Train To Zion’’, ont été enregistrés avec The Soul Syndicate (Ou The Aggrovators selon les sources, difficile de savoir avec quel band il a été enregistré, sachant que les mêmes musiciens jouaient souvent dans plusieurs bands à la fois) chez Bunny Lee.

La même année, il crée son propre label, Thompson Sound, qui va lui permettre de produire des artistes comme Ranking Trevor,Trinity ou Big Joe pour qui il produit ‘’African Princess’’, version deejay de ‘’I Love Marijuana’’ son premier album auto-produit, sorti en 1978.
De 1979 à 1983, le studio de Linval Thompson accueillera de plus en plus de sessions. En effet, en plus d’avoir été vocaliste sur plus d’une douzaine d’albums, il a produit sous son label une centaine de singles d’artistes tels que Dennis Brown, Freddie Mc Gregor, Barrington Levy, Eek-a-Mouse, Gregory Isaacs, The Wailing Souls, Triston Palmer, Cornell Campbell, Johnny Osbourne, The Viceroys et Sugar Minott.
Par ailleurs, plusieurs de ses meilleures productions sont d’artistes plutôt inconnus : Mystic Eye avec "Mysterious" en 1979, et l’album essentiel du deejay Big Joe, African Princess, toutes backées par The Revolutionaries, et représentant le mieux la fin de la période  « rockers » en Jamaïque.

Par la suite, on peut citer le hit de Linval Thompson en tant que producteur : « Big Ship (Sailing on the Ocean) » par Freddie McGregor en 1982, puis « No More Friend » des Meditations (cf l’article sur cet album), et Barrington Levy avec « Poor Man Style ». Il a également produit quelques albums de dub : Negrea Love Dub, Green Bay Dub et Outlaw Dub, avec Sly & Robbie et les Revolutionaries.
Ainsi, dès le milieu des années 80, il deviendra un des producteurs les plus en vue, à l’instar de son ami Henry "Junjo" Lawes.  C’est d’ailleurs grâce a Linval Thomspon que Junjo se lance dans la production, en effet c’est lui qui l’introduit dans le milieu musical, et lui apprend les rudiments du business. C’est encore et toujours Linval qui présentera Barrington Levy à Henry « Junjo » Lawes qui fut ainsi le premier artiste à enregistrer pour lui. Linval emmenera d’ailleurs Junjo en Angleterre dans le but de distribuer leurs productions respectives, et c’est donc Greensleeves qui aura la chance d’hériter des catalogues des deux plus gros producteurs de la fin des années 70 et du début des années 80.

La fin de l’ère de certains producteurs dont Linval Thompson est annoncée en 1985 avec le riddim « Sleng Teng ». « Je ne pense pas que l’ordinateur soit une bonne chose pour le reggae » dit Linval au journaliste de High Times en 1997, « la vraie batterie et la vraie basse te donne une vibe. Dieu te donne le pouvoir, pas la machine que l’Homme a faite » Portant peu d’intérêt à un reggae désormais électronique, Linval quitte le business pour s’occuper du petit terrain qu’il avait acheté avec l’avance de son premier album.
On le reverra par la suite plusieurs fois après 1985, au micro exclusivement pour Robbie Shakespeare (« Ease Up » sorti chez Mango en 1988).

Des sujets tels que l’herbe (I love marijuana) ou les brutalités policières (Six Babylon) montrent que cet artiste est engagé, même si à l’époque de ‘’Don’t Cut off your dreadlocks’’, Linval ne portait pas de dreads ! Sa technique de chant montre un artiste aux influences multiples : probablement la soul, du fait de son enfance aux Etats-Unis, ainsi que Dennis Brown, qu’il admirait et Johnny Clarke, avec qui il a œuvré au sein de l’écurie Bunny Lee. Chanteurs que Linval Thompson a toujours préférés aux deejays, disant des chanteurs « qu’ils ont un pouvoir et un message ». Mais la carrière de Linval Thompson est double : chanteur mais également producteur accompli, qui a produit une dizaine d’artistes, une centaine de singles et une quarantaine d’albums. En regardant de plus près son travail et son parcours, on observe que sa contribution à la musique jamaïcaine a été essentielle pendant l’âge d’or du reggae. En effet, Linval Thompson et Sugar Minott ont été les premiers chanteurs à s’autoproduire. Par le passé, la route périlleuse pour devenir un producteur de reggae en Jamaïque était seulement traversée par de judicieux  hommes d’affaires, des opérateurs de sound-sytems et une paire de deejays.

Le fait que Linval Thomson soit peu connu dans le milieu du reggae est dû à deux facteurs : A l’apogée de sa carrière de chanteur, Linval Thompson a consacré tout son temps à son label et à produire des artistes au lieu de donner des concerts, ce qui lui aurait valu une reconnaissance du public, ensuite, contrairement aux autres artistes, seulement un de ses albums a été distribué par une major (Island). Le rédacteur en chef du reggaezine américain ‘’Full Watts’’, Steve Milne, a décrit Linval Thompson comme ‘’un artiste glorifié par les reggaephiles connaisseurs et pratiquement inconnu par le reste’’.



- Zapo & Eklipse -

sources :


http://incolor.inebraska.com/cvanpelt/thompson.html
http://en.wikipedia.org/wiki/Linval_Thompson
http://www.myspace.com/linvalthompsonsound  
L'Encyclopédie du Reggae par Yannick Maréchal

 

 

 

 


Linval Thompson from the "Stay A Little Bit Longer" (LP)

 

Linval Thompson in studio (pictures found on  http://www.myspace.com/linvalthompsonsound)